
Dix ans après sa sortie, Mécanologie portative (1998) — initialement une commande du label Priskosnovénie — demeure un exemple particulièrement réussi de collaboration fructueuse, en l’occurence avec Klimperei. A tel point que Pierre Bastien accorde volontiers la paternité de l’album au duo, qui a orchestré l’essentiel des morceaux, considérant avoir seulement contribué en amont à l’apport de propositions mécaniques et mélodiques.
Plus hétérogène et fourni en instruments que ses albums solo (basse, guitares, orgue, mélodica, xylophone, flûte, métallophone, percussions et piano attestent d’un éclectisme instrumental moins patent chez Bastien), Mécanologie portative n’en demeure pas moins un disque où s’affirme naturellement la patte du musicien-inventeur. Une approche qui aurait pour objet de discerner la part de travail respective de chaque partie accuserait d’ailleurs vite ses limites, tant la complémentarité des démarches suffit à faire de l’album un tout indissociable, une œuvre pleine et cohérente.
Un goût partagé pour la ritournelle et la miniature, l’enfantin et le populaire, la danse et la fantaisie est à l’origine des dix-huit pièces de Mécanologie portative, dont les titres (“La Parade des dromadaires en caleçon de bain”, "Morceau en forme de pinces", "Fiesta de zèbres", "Rotophonie", etc.) et la pochette (citant plus ou moins Magritte) ne cachent pas leur inspiration surréaliste. Ces musiques rêvées, légèrement bancales, dégagent un charme immédiat, comparable à celui des jouets en bois retrouvés dans un grenier qui, une fois retirée la couche de poussière déposée par le temps, dévoilent les couleurs et souvenirs d’antan.
Sans flatter à aucun moment chez l’auditeur un penchant nostalgique (comme sera davantage tenté d’y recourir Yann Tiersen à la même époque avec certaines enluminures instrumentales du Phare), Klimperei & Pierre Bastien parviennent à convoquer, grâce à une myriade de sonorités éparses et un nuancier instrumental fécond, l’élan joyeux d’un manège enchanté où fuite et surplace se combinent sans fin. L’aspect artisanal des compositions, qui fait la part belle aux micro-ruptures, aux accidents sans conséquence, à une absence de virtuosité revendiquée et aux mélodies délicieusement désuètes, associé aux rythmiques itératives de Bastien, fabrique littéralement une petite mécanique de l’intime où les rouages de l’inconscient le disputent aux puissances de l’insouciance retrouvée.
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